HERGÉ (Georges Remi, dit.1907-1983)

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HERGÉ (Georges Remi, dit.1907-1983)

TINTIN. L'ARMISTICE DE 1945 EN HOMMAGE À JEAN LIBERT.
Dessin à l'encre de Chine et aquarelle sur papier, signé et accompagné d'une longue dédicace à Annie Libert de la main d'Hergé, daté du 10 mai 1945. Illustration en couleurs directes, exécutée dans le contexte du lendemain de la signature de l'Armistice dans la nuit du 8 au 9 mai 1945. Dimensions:
19x12,7 cm. Ce dessin se trouve sur l'une des pages du journal intime que l'épouse de Jean Libert, écrivit pour sa fille, Annie Libert. Signature en bas à gauche. Dans une reliure cuir 20x14 cm, nommée «A ma petite Annie Chérie» contenant environ 130 pages manuscrites datées entre le 6 décembre 1943 et le 14 mars 1946.
On retrouve sur ce dessin exceptionnel les personnages principaux de l'œuvre de Hergé en procession, avec en fond un paysage et le Petit Château de Bruxelles: Tintin en tête, tenant un panneau intitulé «Vive Jean Libert», accompagné de Quick et Flupke aux tambours, Milou tenant un petit panneau «Vive Annie», le professeur Tournesol et le capitaine Haddock avec des drapeaux belges, et Dupond et Dupont avec sur leurs épaules un homme portant couronne de fleurs apparenté au dit Jean Libert.
A leurs côtés, l'on retrouve Hergé lui-même tenant un crayon, ainsi que les portraits de ses amis et collaborateurs Jacques Van Melkebeke et Edgar P. Jacobs. Dans le cortège triomphal sont visibles plusieurs autres drapeaux belges.
La virtuosité du trait, qui allie spontanéité et précision technique, s'agrémente d'une palette de couleurs aux tonalités vives, répondant aux visages souriants des personnages. Effectué dans un cadre intime, ce témoignage précieux sur l'œuvre, l'entourage et la vie de Hergé, possède également une grande valeur historique.
LA DÉDICACE DE HERGÉ «Ta maman m'a demandé de dessiner quelque chose pour toi dans ce cahier. J'aurais voulu également de dire quelques mots. Mais les mots, je les manie très mal. Alors, vois tu, je ne te dirai que peu de choses. D'abord, que je t'aime bien. Ensuite que j'aime ton papa et ta maman, tous deux si droits, si simples, si courageux. Je te dirai encore qu'on a commis une monstrueuse injustice en mettant ton papa en prison, et qu'un jour, pas bien lointain, sans doute, tout le monde reconnaitra que c'était une monstrueuse injustice.
Ton papa a cru pouvoir servir son pays dans des moments difficiles. Certains ne l'ont pas compris. Il ne faut pas leur en vouloir. Plains les plutôt, car ils sont tous fous. Presque tout le monde est fou, à l'heure actuelle, empoisonné par la haine.
Ton papa, lui, sait bien qu'il n'a rien fait dont il ait à rougir. Et tous les amis, ses vrais amis, le savent comme lui. L'amitié et l'estime qu'ils avaient pour lui, ont grandi encore, devant le magnifique exemple de courage, de dignité et de sérénité que leur ont donné ton papa et ta petite maman.
Et maintenant, fini de bavarder, ma petite Annie. Je prends mon crayon, mes pinceaux, mon encre de Chine, et je me mets au travail.
Hergé, le 10 mai 1945»
UN CONTEXTE POLITIQUE HISTORIQUE EXCEPTIONNEL ET UN HOMMAGE AUX PROCHES DE HERGÉ Ce dessin est unique de par la présence des figures les plus connues de l'œuvre d'Hergé, mais également de l'entourage de celui-ci dans un contexte particulier: effectuée durant une période trouble, cette dédicace peut se traduire à la fois par une célébration de l'Armistice en Belgique, mais aussi par une défense de l'artiste et de ses proches, accusés de collaboration durant l'après-guerre.
En effet, Jean Libert, (1913-1995) qui était un ami proche de Hergé, célèbre auteur belge de romans d'espionnage et de science-fiction sous le pseudonyme de Paul Kenny, fut arrêté et emprisonné durant plusieurs mois. Hergé lui-même fut également accusé, tout comme Van Melkebeke.
Nous savons que cette période fut très difficile pour l'auteur et qu'il fut même interdit de publication. Dans le texte présent à coté de sa dédicace et adressé à Annie, il plaide de manière émouvante pour son père Jean, homme de bien ayant commis des erreurs. Il semble élargir son propos à lui-même et à son entourage (y compris Annie), en les incluant dans la procession triomphante où Jean Libert semble littéralement sorti de prison par la foule en liesse, blanchi de toutes les accusations (il fut effectivement acquitté).
On joint: un long courrier de Hergé daté du vendredi 28 août 1948 et adressé à Jean Libert, ainsi qu'une photographie originale de Hergé avec Jean Libert accompagné par d'autres personnes non identifiées (années 40).
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