
17 février 2012 | Drouot, salle 5 | Vente à 14 h
Collection Serge Robin
Arts Décoratifs du XVIIIe au XXe siècle

Cette collection, composée de plus de 300 lots, reflète le goût d’un homme de son temps, un architecte et un décorateur de renom totalement inspiré par toutes les périodes de l’intérieur allant du
XVIIIe siècle au XXe siècle, particulièrement fertiles en matière d’arts décoratifs.
De l’Art Nouveau avec ses productions emblématiques de l’École de Nancy (Émile Gallé, Lalique, Lorrain, Daum, Jean-Alexis Nikanor) jusqu’au design le plus contemporain (Christian
Astuguevielle, Gabriella Crespi, Willy Rizzo, Suzanne Ramie, Philippe Starck, Jacques Grange, Fontana Arte ou David Hicks), en passant par l’Art Déco et la Maison Jansen, rien du monde des arts
décoratifs n’est oublié, pas même la période plus classique du XVIIIe siècle, célébrant le bon goût français, à travers par exemple un ensemble de fauteuils du marchand tapissier Henri Jean-Baptiste
Priez, ou encore avec une paire de commodes demi-lune estampillées par l’ébéniste officiel du comte d’Artois, Conrad Mauter (1742-1810).
L’ensemble de cette vacation provient de l’appartement parisien de Serge Robin, lui-même créateur de mobilier, qui fut directeur artistique de 1969 à 1979 de la prestigieuse
Maison Jansen, porteuse durant un siècle de l’élégance néo-classique française.
Cet établissement, créé en 1880 par le hollandais Jean-Henri Jansen, ouvre ses portes au 9 de la rue Royale à Paris, et va connaître rapidement une renommée internationale.
Implantée dans les plus grandes villes, Jansen s’impose comme l’une des plus brillantes maisons de décoration. Les noms de la haute société internationale remplissent alors les pages de ses carnets
de commandes.
Parmi ses plus illustres clients, on compte notamment le roi des Belges à qui le souverain confia la restauration du château de Laeken. Puis Jansen travailla pour les familles
royales d’Espagne et d’Angleterre ainsi que pour une clientèle américaine élégante dont les Rockefeller, les Vanderbilt, les Gould et les Kennedy, qui sollicitent à leur tour Jansen pour décorer la
Maison Blanche de 1961 à 1967.
La Maison s’aggrandit alors, et installe au 6, rue Royale, une boutique avec un important choix d’antiquités. Et c’est en 1971 que l’établissement connaît la consécration avec la
décoration du site de Persépolis à l’occasion de la célébration du 2500ème anniversaire de l’Empire Perse. C’est pour cet évènement que le brillant Serge Robin, jeune architecte diplômé participe
activement à la réalisation de ce décor grandiose et éphémère, en créant notamment la tente d’honneur utilisée par le Shah et la Shabanou pour accueillir leurs invités de marque (lot 322), ou encore
en participant à l’élaboration de nombreux accessoires décoratifs pour les chambres et les appartements des invités officiels.
Alors installé en France depuis 1938, l’ex-roi d’Angleterre, devenu duc de Windsor fait à nouveau appel à Jansen pour l’aménagement et la décoration complète de son appartement du
boulevard Suchet, puis de sa résidence du Bois de Boulogne, pour laquelle Serge Robin configure selon les goûts de la duchesse une décoration grand siècle pratique et confortable, avec beaucoup de
notes pastelles, largement imprégnées de sa couleur préférée, le célèbre « Bleu Wallis », notamment pour sa chambre à coucher, son boudoir et la salle à manger des invités.
Désormais, opulence et théâtralité définissent le style de la Maison Jansen qui prend en charge la globalité du décor intérieur de son commanditaire. De 1900 à 1970, la production
de meubles Jansen est immense et variée. Son art résulte d’un mariage d’influences orientales, égyptiennes, chinoises, ou beaucoup plus classiques.
Une partie du mobilier que nous présentons nous offre une rare illustration de l’art de cet établissement qui a définitivement fermé ses portes en 1989, comme cette suite de
fauteuils de salle à manger en acajou de style Chippendale créés dans les années 40 (lot 71), cette paire de guéridons en laque noire couverts de parchemin de style Art Déco (lot 79), ou encore cette
grande console en fer forgé à décor de passementerie, travail des années 60 (lot 72).
Serge Robin reste incontestablement, par ses créations et le choix des œuvres provenant de son univers, l’héritier légitime de ce style simple, chic et raffiné qui fit la renommée
internationale de la Maison Jansen.
Fort de cette belle expérience professionnelle, Serge Robin continue à œuvrer sous cette influence, et c’est tout naturellement, lorsque Jacky Kennedy, devenue Mme Aristote
Onassis, s’installe en France, qu’il veille à la mise en place de son nouvel univers, mélangeant les meubles de style Louis XVI avec ceux des années 50, en respectant une ambiance très
dépouillée, élégante et sobre.
Mais les goûts de ses clients ne sont pas toujours très facile à assumer, comme en 1977, lorsque le Président du Zaïre, Sese Seko Mobutu (1930-1997), lui demande que tous les
salons de son palais présidentiel soient décorés du sol au plafond en malachite, provenance des mines du pays. Ou lorsque le Président tunisien, Habib Bourguiba (1903-2000), souhaita ajouter un
bâtiment au palais de Carthage dans un style Empire inspiré du château de Fontainebleau. Tous ces décors sont très lourds à entretenir et demande un suivi constant. L’année suivante, avec le concourt
de Roger Herrera, il travaille à l’extension d’une aile pour les invités et au relookage de la Madrague de Brigitte Bardot, puis à l’installation de son appartement du boulevard Lannes à Paris. Serge
Robin, grand admirateur de la célèbre actrice, avait d’ailleurs, courant des années soixante, réalisé un portrait d’elle, qu’il mettra en vente aux bénéfices de sa fondation pour la protection des
animaux.
C’est alors que Serge Robin monte en 1979 sa propre entreprise, créant dans la foulée une société pour la réalisation d’un mobilier sur mesure, sous le nom de R.T.W. (Robin,
Taralon, Wilmotte). Et c’est à cette époque qu’il fait la connaissance de S.A.I. la princesse Soraya Esfandiary Bakhthiary (1932-2001), seconde épouse du Shah d’Iran. Cette rencontre à l’origine
professionnelle, va aux fils des années se transformer en une sincère et fidèle amitié. Pour son appartement de l’avenue Montaigne, il réalise un décor des Milles et une Nuits, inspiré de ses
origines persanes, de sa couleur préférée, celle de ses célèbres yeux, et de la salle aux miroirs du palais du Golestân à Téhéran, où s’étaient déroulées les noces de la jeune et belle Soraya avec
Mohammad Réza, Shah d’Iran, le 12 février 1951.
Les chantiers se succèdent, tous aussi importants que prestigieux : le chalet à Megève de la famille Taittinger, leur maison à Saint-Tropez et leur appartement à Paris, place de la
république Dominicaine, la résidence de M. et Mme Marcel Dassaut, celle de M. et Mme. Charles de Gaulle à Paris, du baron et de la baronne Albert Frère avenue Foch et de leur château à Gerpinnes en
Belgique, l’appartement de Lord et Lady Bacardi Bayfield Hall à Monaco, l’hôtel Africa de Tunis, le Méridien en Guadeloupe, les hôtels Intercontinental de Francfort et Genève, l’hôtel Méridien de
Bagdad, l’hôtel Martinez Concorde de Cannes, le casino de Trouville, l’ambassade d’Arabie Saoudite à Paris, la résidence de Mme. Susan Taylor-Will à Melbourne, celle du propriétaire de Sony M.
Schulhof aux U.S.A., celle du propriétaire de la Maison Revlon M. R. Perelman à Philadelphie, sans oublier celles de S.A.R. Le Sheikh Hamad bin Jassim Al Thani à Paris et à Doha (Qatar), de toutes
les résidences de S.A.R. le prince Abdullah Bin Faiçal Bin Abdulaziz d’Arabie Saoudite à Jeddah, Genève, Paris, Neuilly et Casablanca, celle du ministre des Finances le prince Faiçal Bin Fahd
d’Arabie Saoudite (et notamment l’aménagement complet d’un palais de style islamique pour S.A.R. le prince Ahmed Bin Abdulaziz d’Arabie Saoudite), ou encore les réalisations effectuées pour les
familles Malcolm Parrish, les Friedland de Philadelphie et d’Altantic City, etc.
En l’an 2000, Serge Robin est considéré comme l’un des 4 plus importants architectes français et fait la une du premier numéro de Architectural Digest version française. Il a
depuis été fait membre d’honneur de la « Chambre de commerce Franco-américaine des Etats-Unis », membre de la « Société des Artistes Décorateurs », du « Who’s Who Barons of
USA », de l’« Union Nationale des Architectes d’Intérieurs et Designers » et de l’« Association pour la Promotion du Patrimoine Artistique Français ».
La carrière de ce dandy du design français règne encore aujourd’hui sur tous les continents : Etats-Unis, Europe, Japon, Afrique et Australie. Ses réalisations allant de résidences
privées à de somptueux palais, en passant par de prestigieux hôtels clubs et restaurants à la mode, ont fait de Serge Robin l’ambassadeur de l’architecture d’intérieur et de la décoration à la
française.
